Des origines de la maison Demeuldre à aujourd'hui, retraçons ensemble près de 200 d'une histoire passionante.

Des origines de la maison Demeuldre à aujourd'hui

 

*

Tout d'abord, un peu d'histoire pour vous situer la naissance de la première manufacture dite d'Ixelles I.

Après quelques années d'hésitation provoquée par la récession économique due aux événements de la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, l'art de la porcelaine renaît au faubourg d'Ixelles en 1818.

Frédéric Théodore Faber, « peintre du roi et marchand à la cour » s'installe alors « au Faubourg de Namur » (c'est ainsi que l'on désignait alors le haut d'Ixelles ), chaussée d'Etterbeek n°41 (aujourd'hui chaussée de Wavre), à l'emplacement actuel de la maison des Ecrivains. Frédéric Théodore Faber est un chambrelan. Il décore la porcelaine en chambre. Encouragé et aidé financièrement par le roi Guillaume Ier des Pays-Bas, il fonde une véritable manufacture de porcelaine que nous appelons « Ixelles I ».

En 1824, pour étendre son artisanat d'art à la fabrication de la porcelaine elle-même, Frédéric Théodore Faber s'associe à Charles-Christophe Windisch, un porcelainier natif de Niderviller en Lorraine. Ce dernier, élevé dans une tradition familiale porcelainière, a fait son apprentissage auprès de son père et a travaillé ensuite pour de nombreuses fabriques de Paris et de Limoges.
Le grand talent de peintre miniaturiste de Faber et les connaissances techniques de Windisch se complètent et font le succès de leur entreprise. Ils produisent ensemble de très belles réalisations qui ont pu soutenir la comparaison avec des pièces produites à Sèvres.

Cependant, les événements politiques qui précédent et déterminent en 1830 la rupture de la Belgique avec la Hollande, vont porter un coup fatal à leur association.

Faber, protestant, reste fidèle au roi Guillaume Ier, son bienfaiteur. Il est favorable à l'union de la Hollande et des provinces du Sud. De son côté, Windisch est d'origine française et ami de Jean-Jacques Coché Mommens, éditeur du « Courrier des Pays Bas, journal d'opposition au régime hollandais. Il est partisan de l'indépendance de la Belgique.

Les deux associés se séparent en 1830.
Windisch trouve alors en son ami Jean-Jacques Coché-Mommens un commanditeur. Il peut s'établir à son compte presque en face de son ancienne usine, au n°183 de la chaussée d'Etterbeek (actuellement 141,143 chaussée de Wavre) dans des locaux assez vastes du relais appelé « Au mayeur Cabaret » (Auberge où les voitures attelées s'arrêtaient pour ne pas être soumises au droit d'entrée de la ville).

Ainsi naît la seconde manufacture de porcelaine d'Ixelles ou Ixelles II, nous sommes fin 1830.

*

Le désaccord politique va se transformer en une concurrence industrielle et commerciale.

La manufacture Faber continue après la mort de celui-ci en 1844 sous la direction de ses deux fils, Henri-Emmanuel et Louis, jusqu'en 1849. Ensuite, elle sera reprise par les Cappelmans, famille de porcelainiers à Hal.
En 1869, les fours d'Ixelles I s'éteignent définitivement.

De son côté, la manufacture de Winsdisch, Ixelles II, va connaître un développement continu tout au long de son existence.
A la mort de Windisch en 1842, Jean-Jacques Coché Mommens qui avait aidé Windisch à mettre sur pied sa manufacture, a cherché sans doute un remplaçant à ce dernier et a peut-être même assuré la gestion administrative de l'affaire avant l'arrivée neuf mois plus tard, de Monsieur Michel Ernest Antoine Caillet, porcelainier à Paris et de son épouse Caroline Françoise Pouchelain, veuve en premières noces de Nicolas Jean Eugène Coché, frère de Jean-Jacques Coché.

Michel Caillet n'amène pas de bouleversements profonds dans la production de la manufacture, il continue à gérer celle-ci tout comme l'avait fait Windisch. L'affaire reste prospère et Caillet s'en contente tout en conservant une volonté déterminée d'un travail bien fait.
Tout comme Windisch, Caillet nous a laissé un recueil de formes qui témoigne de son talent. Après neuf années d'activité, les époux Caillet sans héritier vont céder en 1852 leur exploitation industrielle aux époux Vermeren-Coché.

Monsieur Emile Théodore Vermeren, professeur à l'Athénée royal d'Ixelles, avait épousé Chantal Coché, fille de Jean- Jacques Coché Mommens et nièce des époux Caillet.
La manufacture va connaître sous sa direction des agrandissements, un accroissement du personnel et un renouveau de la fabrication.

Monsieur Emile Vermeren a un esprit très dynamique. Il introduit une reconversion complète de la manufacture et la construction d'un deuxième grand four, Malheureusement il décède inopinément à l'âge de 47 ans en 1869 après 17 années de gestion.

Chantal Vermeren-Coché continue seule cette œuvre et poursuit la politique de croissance commencée par son mari. Le nombre de personnes employées par l'usine augmente considérablement (60 personnes en 1871, 200 personnes en 1881 ) . La manufacture fait vivre une bonne partie de la population d'Ixelles.

A partir de 1870, l'affaire de Madame Veuve Vermeren-Coché devient en plus d'une manufacture, un important complexe commercial distribuant des productions de grandes manufactures européennes. Dans de vastes salles d'exposition, des porcelaines de Limoges, de Wedgwood, de Copeland, de Copenhague, de Berlin, de Meissen voisinent dès lors à côté des cristaux du Val –Saint-Lambert, de Baccarat, de Saint-Louis, de Daum …On y retrouve, comme maintenant encore, un large éventail de l'art de la table et de la décoration.

Le renouveau de la fabrication a été considérable pendant plus d'un demi-siècle jusqu'en 1905, mené de main de maître par Madame Vermeren-Coché. Celle-ci avait été préparée à cette tâche par son milieu familial et, tout particulièrement, par son père, l'éditeur J.J. Coché, dont la forte personnalité forma en elle un esprit clair, persévérant et entreprenant que l'on peut qualifier d'exceptionnel pour une femme de ce temps. Elle fut une des premières femmes à être décorée de la légion d'honneur.

Madame Chantal Vermeren-Coché n'a pas eu d'enfant mais elle a élevé Marthe Coché, la fille de son frère Jean. Cette dernière a épousé en 1895 Louis Robert Demeuldre, un officier, provenant d'une famille de militaires.

Le capitaine Demeuldre a ensuite démissionné pour prendre avec son épouse, la relève de la vieille tante Chantal en 1900.
Sa formation lui a permis de se mettre rapidement au courant des techniques de fabrication. En 1905, il décide avec Madame Vermeren-Coché la construction de la façade que vous pouvez toujours voir chaussée de Wavre dans son état original. Elle est réalisée par l'architecte Maurice Bischop de l'école Horta.

Outre le service de table, Monsieur Louis Demeuldre a développé d'autres branches de fabrication de la porcelaine, notamment l'électrotechnique trouvant un emploi étendu dans l'industrie naissante de l'électricité. (Par exemple, la fabrique a fourni à la compagnie d'électricité espagnole tous les isolateurs en porcelaine de ses poteaux électriques).
A cette époque, la direction a le souhait d'agrandir la manufacture, mais cela ne sera pas réalisable car la ville s'est développée autour de l'usine, la coinçant entre maisons et bâtiments.

Un projet voit alors le jour: déplacer la manufacture vers la périphérie de Bruxelles, vers Wezembeek-Oppem. Des terrains sont achetés, les plans de la nouvelle fabrique sont établis définitivement mais la guerre éclate en 1914. Le projet sera irrévocablement abandonné en raison de la mort du plus jeune frère de Monsieur Louis Demeuldre, à qui devait être confiée la direction de cette nouvelle usine.

Toutefois Louis Demeuldre maintient l'usine de la chaussée de Wavre en activité. Il projetait en effet de la laisser à son neveu, Henry Demeuldre, fils de son plus jeune frère décédé à la guerre.

A la mort de son mari en 1933, Madame Marthe Demeuldre-Coché continue l'exploitation de la manufacture aidée par son neveu Henry, qu'elle adoptera ensuite.
La manufacture a grand besoin de modernisation, et en 1935, ils envisagent le déménagement des usines à Andenne, terre de tradition céramique puis à Jambes mais ces projets seront eux aussi abandonnés.

Après tant de vaines tentatives de réimplantation en dehors de Bruxelles, Henry Demeuldre Coché, qui a pris en main la direction technique de la manufacture, se résout à moderniser l'usine sur place.
En 1937 il décide de fabriquer lui-même sa pâte de porcelaine, et en 1938, il remplace l'alimentation au charbon des fours par le gaz de ville.

Pendant la seconde guerre mondiale, la division fabrication, privée de la présence de Monsieur Henry Demeuldre Coché, engagé comme volontaire de guerre, a beaucoup souffert. En dépit de gros efforts de modernisation, la fabrique ne s'avère plus rentable.

Etouffée par sa situation en pleine agglomération urbaine, souffrant d'une pénurie toujours plus grave de personnel spécialisé, et concurrencée par la rénovation et reconstruction rapide des manufactures françaises et allemandes après la guerre, la division fabrication doit arrêter toute production en 1953, pour ne plus se consacrer qu'à la décoration de blanc, importé de Limoges principalement. Cette activité se poursuivra jusque dans les années septante.

La partie distribution continue à se développer offrant un éventail de plus en plus large de produits. Henry Demeuldre Coché, aidé par son épouse, Andrée Tombois est un des précurseurs de la liste de mariage en Belgique. Activité dont la renommée a encore cours à ce jour bien au-delà de nos frontières, grâce la confiance réciproque entre les Etablissements et une clientèle fidèle de génération en génération depuis plus de 175 ans.

A la mort de Monsieur Henry Demeuldre Coché, en 1983 son épouse continuera avec ses deux filles Chantal et Françoise à gérer ce patrimoine.

En 1997, Françoise Demeuldre Coché a repris la direction des Etablissements Demeuldre. En 2005, elle accueille dans les anciens ateliers de la manufacture, un atelier de restauration de porcelaine, l’Atelier Coperta et renoue ainsi avec le passé. En 2009, elle s’adjoint un atelier de gravure sur métal pour pouvoir proposer la personnalisation d’objet avec Monsieur Pascal Douliere spécialiste héraldique. Une collaboration avec une peintre sur porcelaine, Madame Marie-Laure Degand, perpétue aussi la tradition de tous les illustres prédécesseurs de la manufacture de porcelaine d’Ixelles II.